Articles

Iznogoud réalisé, ou le problème des légitimités

publié le

loterie Iznogoud réalisé, ou le problème des légitimités articles Rappelez vous de la célèbre devise d’Iznogoud, ce personnage de Grand Vizir sadique et obnubilé par le pouvoir, crée par Goscinny et Tabary en 1962 : « je veux devenir Calife à la place du Calife ! ».

Imaginez maintenant la situation suivante : vous êtes Iznogoud, et vous réalisez enfin vos sombres desseins : vous devenez Calife à la place du Calife. La hiérarchie est désormais renversée, et la question fatidique se pose : comment bien exercer ce pouvoir et le faire durer ?

Loto, coup du sort et reconversion express

C’est exactement ce qu’a du se demander ce chauffeur routier quinquagénaire du Calvados, qui a décroché le gros lot : 10 millions d’euros à la super cagnotte du Loto du 4 Septembre 2010. Le voilà à la tête d’une fortune colossale du jour au lendemain, après une trentaine d’années de carrière dans le transport routier.

Que faire de cette somme ? Eh bien tout simplement, racheter son entreprise en redressement judiciaire, comme le rapporte Le Parisien. Seul repreneur potentiel, Alexandre (son pseudonyme) a décidé de sauver l’organisation qui l’avait employé pendant près de trente ans, et donc de gravir d’un seul coup les échelons qui l’ont mené de salarié à président.

Au-delà de l’anecdote, des questions fondamentales en termes de légitimité et de prise de pouvoir peuvent se poser : comment se faire respecter par ses employés qui, la veille encore, étaient ses collègues ? Quel sort réserver à son ancien patron ? Comment ne pas attiser la jalousie et l’envie de certains qui pourraient ruiner la cohésion interne du groupe ? Comment affirmer sa légitimité et son pouvoir dans un contexte déstabilisant pour tous les acteurs ?

Manager une équipe et affirmer son leadership : les trois légitimités

Identifions donc ensemble la situation actuelle d’Alexandre, afin de bien identifier les forces en présence et d’anticiper au mieux les enjeux à venir.

Selon ses propres dires, Alexandre a conservé son patron (« un bon copain ») dans l’organigramme, mais bien évidemment à une position hiérarchique inférieure. Il n’hésite pas à suppléer à un de ses employés absents en reprenant la route au besoin, et assure que si l’entreprise continue à ne pas dégager de bénéfices suffisants, il n’assurera pas son maintien économique.

Alexandre jouit donc incontestablement d’une légitimité historique au sein de l’entreprise. 30 ans passés dans l’entreprise lui assurent une excellente connaissance de la culture interne, des spécificités de fonctionnement et des sensibilités de chacun. Si cette nomination subite risque d’attirer des convoitises, il peut compter sur ce passif affectif fort pour ne pas que la situation s’envenime.

Son geste fort, alors qu’il était tentant de couler des jours heureux loin de toutes ces préoccupations, lui assure une légitimité charismatique. Alexandre semble être apprécié de tous, et la petite taille de la compagnie permet des rapports plus directs avec ses supérieurs hiérarchiques (son patron qualifié de « bon copain »). Reste que cette familiarité peut-être risquée. Remplacer ses employés en cas d’absence peut justement être vu comme un signe de trop grande bonté, voire de candeur. Si les bons rapports sont essentiels, attention de ne pas brouiller complètement les fonctions, afin d’assurer une meilleure répartition des rôles et des responsabilités.

Enfin, la légitimité qui va être la plus dure à acquérir semble être la légitimité rationnelle. En effet, si Alexandre en est là, c’est d’abord par un coup du sort. Comment ne pas alors être considéré comme un chanceux arrivé là par accident ? Après tout, pourquoi lui et pas moi, si seule la chance aveugle nous départage ?

Rassurer dans ses prises de parole, donner à voir un plan à long terme, affirmer ses compétences spécifiques qui viennent justifier l’élection du sort. Voici quelques pistes d’action qu’on peut dégager en analysant cette situation spécifique au regard des 3 légitimités.

Samuel Goyet