L’art oratoire est avant tout un art qui repose, comme tous les arts, sur des techniques, de l’apprentissage  et  de l’envie.

Si George VI a enfin acquis le charisme nécessaire pour faire entendre sa voix dans le concert wagnérien des tribuns de la seconde guerre mondiale, c’est qu’il a compris qu’il n’est de pouvoir… sans parole.

Le dernier film de Tom Hooper, « le discours d’un roi » relate  l’histoire vraie et méconnue du père de l’actuelle Reine Elisabeth, qui va devenir, contraint et forcé, le roi George VI (Colin Firth), suite à l’abdication de son frère Edouard VIII (Guy Pearce).

D’apparence fragile, incapable de s’exprimer en public, Georges VI fut considéré comme inapte par certain à la fonction. Il surmontera pourtant son handicap grâce au soutien indéfectible de sa femme (Helena Bonham Carter) et d’affrontera ses peurs grâce à un thérapeute du langage (Geoffrey Rush) aux méthodes peu conventionnelles.

Il saura dépasser son bégaiement pour assumer pleinement son rôle, et faire de son pays le premier rempart contre l’Allemagne nazie.

Ce film est une magnifique réponse à tous ceux qui, par crainte de se perdre, hésitent encore à remettre en question leur mode de communication.

-Si j’apprends à parler en public, serai-je toujours moi ?

-Si j’acquière des techniques artificielles, ne risquerai-je pas de masquer ma vérité ?

-Mon manque d’aisance, ce stress qui m’envahit, mes accrocs et la torpeur qui anesthésie mon corps ne font-ils pas partie de ma personnalité ?

Le bégaiement de George VI  loin de faire partie de sa personnalité était bien au contraire une cloison hoquetante qui le privait de ce qu’il était réellement. Les scènes où la colère l’envahit à la suite de discours hachés par son handicap sont une preuve supplémentaire que sa personnalité se heurtait à cette paroi qui ne laissait s’échapper qu’une image tronquée et  amoindrie de lui-même.

Nul ne naît équipé pour la prise de parole en public. Elle est naturellement une source de stress dont les manifestations peuvent changer d’un individu à l’autre.

Mais nul  n’est sensé également les accepter. Nous allons bien souvent jusqu’à, comme frappé du syndrome de Stockholm, les protéger et les choyer. Ces déraillements comportementaux sont à coup sûr une bonne raison pour ne pas se mettre à découvert et ne pas exposer notre personnalité à l’évaluation publique.

Il faudra franchir le pas, se diriger avec détermination vers le devant de la scène, ou derrière le micro, dans les deux cas sous les projecteurs. Mais ne le faites que si vous êtes équipé. Et comme dame nature ne s’en est pas chargée, l’initiation aux bons outils pourra y remédier.

Rien ne sert de discourir si on ne sait parler à point. Voici la morale de notre histoire.

Apprenez, confrontez et vous deviendrez le roi du discours.

Laurent Philibert

Pour (re)voir la bande annonce :

Pour voir le discours de la consacration du Roi aux Oscars :