L’énigmatique Tim Roth promène actuellement son regard perçant sur M6, scrutant meurtriers et psychopathes retors. Une série qui passionnera les aficionados de psychologie cognitive, les adeptes de la PNL et du décryptage du langage non verbal. Le pitch : Le Dr Cal Lightman – au patronyme déjà charismatique – expert en analyse des « micro-expressions », vend ses services pour des enquêtes pour détecter les mensonges des criminels présumés.

Les créateurs du personnage du Dr Cal Lightman, incarné par l’acteur de premier plan Tim Roth, qui passe, pour l’occasion, du côté des gentils, pourront se targuer de faire connaître la science du langage corporel et l’analyse des micro-expressions, bien connue dans les centres de formation à la fonction commerciale, au RH ou au management. La part d’ombre du personnage est dessinée de main de maître. Car c’est du suicide de sa mère que provient le talent de Lightman. Suicide dont aucun psychologue n’avait remarqué de signes avant-coureur mais que seul, son fils, en regardant les enregistrements vidéo de sa mère au ralenti, parvient à reconstituer le puzzle des expressions révélatrices de son désespoir. Le reste est une formalité : formé dans les services secrets, le Dr Lightman se met à son compte en fondant le Groupe Lightman, entreprise privée qui apporte son expertise dans des affaires délicates. Qu’il soit divorcé et père d’une fille de 15 ans, Emilie, qui semble avoir hérité de certains talents de son père, ajoute un peu de piment aux situations un peu convenues.

Pour aller plus loin

« Lie to me » est la clé d’entrée grand public sur un sujet d’actualité aux Etats-Unis, comme en Europe : la recherche en psychologie cognitive. Relier le mensonge à certaines attitudes corporelles et expressions faciales quasiment indétectables est la quête de tous les chefs d’entreprise et directeurs des ventes, désireux de percer le secret des pensées des candidats ou des clients potentiels : dilatation des pupilles, clignement des yeux, resserrement des lèvres. Les recherches sur le décryptage d’une conversation semble montrer que les menteurs ont tendance à retenir systématique les informations lors d’un échange verbal. Ils auraient du mal à donner une structure logique à leurs propos et leurs histoires seraient bancale. L’utilisation des mains à l’appui de leurs propos serait toujours moins importante que pour les personnes qui racontent une histoire véridique. Les répétitions sont en revanche plus nombreuses chez les menteurs.

Du coup, la détection du mensonge devient un business de formation et de technologie : on fait de plus en plus appel, dans certains cas, aux logiciels de reconnaissance d’expressions faciales, on forme à tour de bras les forces de l’ordre en situation de repérer des terroristes – comme à l’aéroport ou dans les services de contre-espionnage. Toute cette agitation autour de la notion de détection du mensonge fait désormais réagir les défenseurs de ceux qui, potentiellement, peuvent perdre leur réputation, leurs époux ou épouses, leur job et même leur liberté à cause de pratiques encore largement aléatoires. D’autant qu’une récente meta-analyse de 253 cas de personnes ayant tenté de distinguer – en situation d’expérimentation clinique – la vérité du mensonge dans le décryptage des attitudes corporelles a souligné que seuls 53 % d’entre elles ne seraient parvenues à un résultat convaincant. Détecter les menteurs serait donc aussi difficile que de tirer à pile ou face, remarquent les psychologues Charles Bond et Bella DePaulo.

La conclusion de l’excellent article publié sur l’étude clinique des expressions faciales, est que les méthodes d’interprétation du mensonge, chez un individu, devraient intervenir après que toutes les autres techniques ont été utilisées pour tenter de mettre à jour la réalité des faits.

Lire l’article « Detecting deception » sur le site de l’American Psychological Association