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Plafond de verre ou labyrinthe ?

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Il n’est que temps de voir notre très masculine Haute Assemblée – le Sénat – se décider à voter, dans le courant de l’été 2010, la loi sur la parité, qui doit, à l’horizon 2016, sortir notre sociologie managériale du Moyen âge. Notre économie se mettra ainsi au diapason des pays européens pour lesquels le débat sur la parité est un vieux souvenir, aussi bien dans les pays nordiques que les pays de culture latine. L’essentiel est que l’électrochoc législatif puisse avoir comme conséquence, à très court terme, une diversification des profils non seulement dans les plus hautes hiérarchies (Conseils d’administration, Conseils de surveillance, Directoires, Présidences ou vice –présidences) mais surtout dans les hiérarchies intermédiaires. Car c’est là où se situe le vivier des trentenaires, au niveau de l’encadrement intermédiaire, dans ces taches d’exécution et d’organisation qui doivent faire d’elles les futurs membres des Comex/Codir.

La loi, accélératrice du processus.

Toutes les études établissent désormais un lien entre mixité et performance des entreprises. D’ici six ans, ce sont 1 300 dirigeantes qui amèneront, dans les conseils d’administration, une vision nouvelle et une approche différentes des enjeux. Mais décréter la parité en haut de la pyramide ne sert à rien, si on ne lutte pas pour transformer l’ensemble du parcours professionnel. Avant de partir à l’assaut des conseils d’administration, il faut donc féminiser les comités de direction des entreprises. Car ce ne sont pas les conseils d’administration qui décident des promotions internes ou qui veillent à l’égalité salariale, mais les Comex, comités exécutifs, ou les Codir, comités de direction, où « bat le pouls de l’entreprise ». Car le plafond de verre n’est pas un mythe. Pire, toutes les études le montre, il prend la forme d’un labyrinthe avec ses codes et ses coteries, qui empêche les femmes de jouer pleinement leur rôle dans des fonctions opérationnelles.

Un labyrinthe qui empêche les femmes de prendre le leadership

« Ce n’est pas le plafond de verre qui empêche les femmes d’arriver dans les comités de direction, c’est l’accumulation des obstacles qui se dressent sur leur chemin », concluait la fameuse étude de la Harvard Business Review, en 2007. Ces obstacles, identifiés par des recherches universitaires et gouvernementales, sont les suivants :
• Le préjudice fait aux femmes : les hommes sont promus plus rapidement qu’elles, avec des qualifications équivalentes.
• La résistance au leadership des femmes : les femmes managers qui réussissent sont perçues comme plus agressives et plus égoïstes que les hommes managers : le syndrome de la Reine des abeilles !
• Leur difficulté à trouver un style de leadership : beaucoup de femmes leaders ont du mal à réconcilier les qualités que l’on apprécie chez les femmes (compassion pour les autres, sens de la collectivité) avec les qualités que l’on pense nécessaires aux leaders (affirmation de soi et contrôle).
• Les exigences familiales : ce sont les femmes qui s’occupent le plus de leur famille. Débordées, elles manquent de temps pour s’engager dans les réseaux, pourtant essentiels à leur avancement.
Le leadership féminin, caractérisé par l’innovation, la confiance et la volonté d’aider les autres à développer leur pouvoir, est indispensable pour faire face aux challenges du business.
Source : Harvard Business Review, septembre 2007.

Les trentenaires en premières lignes

Aujourd’hui, pour occuper une fonction dans un Comité d’Administration, les cabinets de recrutement ne recherchent que des P-dg ou des dirigeants de grandes entreprises. Un rôle qui, normalement, devrait être dévolu aux 30 – 40 ans, en pleine croissance professionnelle, bientôt prêtes à assumer ces responsabilités. C’est là que le bat blesse : car le vivier de femmes capables d’assumer des responsabilités d’administrateur dans les grandes sociétés françaises est trop pauvre. Les chasseurs de tête sont sceptiques : il n’existe pas encore assez de femmes dotées du profil exigé par les patrons du CAC 40 pour siéger à leur conseil, à savoir des dirigeantes opérationnelles bénéficiant à la fois d’une solide expérience et d’une forte visibilité. McKinsey Quarterly le confirme en soulignant que le problème doit être réglé le plus rapidement possible. Le manque de leaders talentueux risque d’avoir des conséquences désastreuses pour plusieurs entreprises. La forte demande de coaching sur le leadership au féminin doit être interprété dans le sens d’une demande d’accompagnement des managers trentenaires et des quadras, conscientes de leur talent mais également des freins susceptibles de barrer la route. Et le cabinet de conseil de rappeler que les leaders actuels ou en devenir doivent travailler autant leur engagement personnel que leur capacité à communiquer.

Le « centered leadership model » selon McKinsey Quarterly

  • Signification : connaître les sources d’inspirations et savoir les exploiter à leur limite afin de mettre en valeur ses forces dans un poste.
  • Gestion de l’énergie : savoir d’où vient l’énergie, et comprendre comment on peut la gérer. Équilibrer sa circulation d’énergie.
  • Pensée positive : développer son ouverture d’esprit et apprendre à passer par-dessus les épreuves difficiles.
  • Réseau : savoir identifier les réseaux susceptibles de faire avancer sa carrière. Les femmes avec de solides contacts et de bons mentors sont davantage promues, disposent d’un meilleur salaire et en retirent une plus grande satisfaction.
  • Engagement : comprendre la manière dont les occasions et les risques doivent être pris. Savoir devenir autonome et confiante. Développer la collaboration mutuelle.

En chiffres

En France, les femmes représentent :

- 51,5 % de la population
- 47,5 % de la population active
- La moitié des diplômés

Mais :

- 9% des postes d’administrateur
- 18 % des parlementaires
- 18% des postes de direction générale

À l’étranger, les femmes occupent :

7% des postes de direction générale, au Japon, 20% aux Etats-Unis, mais… 47 % aux Philippines, 38% en Thaïlande, et 31% en Malaisie, ainsi qu’en Chine. On notera au passage qu’il s’agit de pays de confessions religieuses variées.

Sources : Grant Thornton