Le 25 mai dernier, la première rencontre entre Emmanuel Macron et Donald Trump fut l’occasion d’une poignée de main qui agita les médias du monde entier. Et pour cause : alors que depuis le début de son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump s’est, à plusieurs reprises, illustré par sa poigne énergique, cette fois-ci, c’est Emmanuel Macron, tout juste investi, qui s’est distingué en donnant, devant les médias, une poignée de main vigoureuse à son homologue américain.

« Ma poignée de main avec lui, ce n’est pas innocent, ce n’est pas l’alpha et l’oméga d’une politique mais un moment de vérité », a-t-il confié au Journal du Dimanche. « Il faut montrer qu’on ne fera pas de petites concessions, même symboliques ». Autrement dit, la poignée de main est bien un marqueur de personnalité, d’état émotionnel, de rôle social et même international ici.

Interviewé par Camille Hamet pour le magazine Ulyces, Laurent Philibert insiste cependant sur l’importance des éléments entourant l’échange, et donc la nécessité de ne pas s’intéresser uniquement à la vigueur du salut : « On peut s’extasier sur le fait que les phalanges de Trump blanchissaient sous la pression de Macron, mais le plus spectaculaire, c’est la façon dont Macron prolonge l’échange. Trump essaye de retirer sa main, Macron la retient, et finalement la lâche. Il donne le tempo. Par ailleurs, la force ne fait pas tout. C’est aussi une question de posture. Or Macron est resté bien ancré sur son siège, obligeant Trump à se pencher et à présenter son profil aux photographes, alors que lui restait de face et souriait. »

En effet, la main permet une connexion à travers laquelle tout passe : c’est bien au niveau du serrage, de l’inclinaison de la peau, de l’extension du bras, de la distance entre les deux protagonistes, des postures adoptées et contraintes d’adopter, de l’expression du visage et des mots qui l’accompagnent, et bien sûr de la durée, que la scène symbolique se joue et ce sont tous ces éléments qui font de Macron le vainqueur de cette rencontre. Pour Laurent Philibert, c’est un véritable leadership que Macron a exprimé ici.

D’une part,  « il a compris que son corps ne lui appartenait pas et qu’il devait l’utiliser comme un moyen d’expression de ce qu’il représente : sa fonction, le peuple derrière cette fonction, l’histoire derrière cette fonction ». Pour notre expert de la communication non verbale, cette poignée de main est un moment très fort en ce qu’elle permet à chacun de se projeter dans cette poignée : contrairement à ses prédécesseurs réputés pour leur nervosité, leur ultra dynamisme [Sarkozy] ou leur maladresse et gaucherie corporelles [Hollande], il n’y a pas ici de parasite, ce qui fait que la projection est facile.

D’autre part, toujours selon Laurent Philibert, cela faisait longtemps que la France n’avait pas eu ce genre de leader, réactivant l’histoire derrière cette fonction, serrant la main comme le faisaient les monarques. Alors que Hollande voulait être le président « banal », que d’autres ont dû jouer et surjouer la modernité et la jeunesse, lui, l’incarne de fait : elles lui sont acquises et n’ayant pas besoin de les jouer, il peut utiliser son corps pour autre chose et il le fait d’ailleurs très bien. « C’est comme quand il traverse la cours du Louvre ou de Versailles d’un pas lent : il s’inscrit dans l’histoire de ces deux grands lieux de pouvoir, de la splendeur, de la monarchie française… il le fait du pas lent d’un monarque qui nous laisse le temps de nous projeter dans son corps ».

D’ailleurs, de ce point de vue, et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles cette poignée de main a autant fasciné, son leadership contraste vivement avec celui mis en scène par Trump : alors que celui de ce dernier est assurément animal, physique, que le président américain se grossit comme un mâle alpha, un « dos gris » – mâle dominant chez les gorilles – mais assurément vieillissant, celui de Macron en face est celui d’un jeune mâle vigoureux qui n’est ni dans la crainte, ni dans l’agressivité.

Pour conclure, cette poignée de main est, à deux niveaux, historique : non seulement Macron s’est imposé sur la scène mondiale en entrant vigoureusement dans les relations internationales pour affirmer la posture de la France face au leadership américain ; mais en plus, il s’est imposé comme président aux yeux de son propre pays et de son peuple, incarnant la posture historique de la fonction.

Inès GARMON
Responsable Communication Numérique & Mobile
Doctorante au GRIPIC (CELSA – Paris Sorbonne)

Crédits Photos : http://www.lefigaro.fr/international/2017/05/28/01003-20170528ARTFIG00067-macron-ma-poignee-de-main-avec-trump-ce-n-est-pas-innocent.php