Etre un « bon communicant », c’est d’abord savoir construire un pont de communication solide avec son (ou ses) interlocuteur(s) ; le sourire étant un « matériau » essentiel à la construction de ce pont. Mais il y a sourire et sourire…

Le sourire est à la base des échanges humains.  On sourit à tout ce qui nous rend heureux et on le fait ainsi savoir ; mais on « s’efforce » aussi parfois de sourire, même si l’on est d’humeur morose ou face à une personne que l’on n’apprécie pas vraiment, simplement parce que nous pensons que la situation l’exige.

Il y a ainsi deux sortes de sourires : le sourire réel (franc, authentique) qui provient du cœur et le sourire construit (fabriqué, forcé) qui provient d’une obligation sociale (satisfaire des codes sociaux).

Comment se caractérisent-ils ? Comment distinguer l’un de l’autre ?

Un sourire authentique s’effectue par les yeux  

Les travaux menés par Sebastien Bohn(1), montrent qu’il existe deux types de sourires : celui qui mobilise les muscles zygomatiques et relève les coins de la bouche; et celui qui  contracte les muscles qui entourent l’œil (les muscles orbiculaires de l’œil), faisant apparaître de petites rides au coin de ce dernier. Selon lui, ce qui permet de distinguer le « vrai » sourire du « faux », ce sont les yeux ; car les muscles orbiculaires de l’œil ne peuvent pas se contracter sur commande, au contraire des muscles de la bouche qui peuvent être contractés sans même qu’une émotion positive ne soit ressentie.

Un sourire authentique est plus long dans la durée

Les résultats des travaux d’Ekaman, Davidson et Friesen (2) montrent que lorsque une  personne ressent une émotion positive, elle produit des sourires plus longs et plus fréquents. L’expérience consistait à filmer le visage de 37 femmes qui regardaient les extraits de différents genres de films : tristes, neutres, joyeux ou drôles. Il leur était ensuite demandé de noter leurs émotions suivant une échelle de mesure allant de « 0 » (aucune émotion ressentie) à « 8 » (émotion intense). Les résultats ont notamment montré que plus l’émotion joyeuse ressentie était intense, plus la durée et la fréquence des sourires avec une contraction des muscles orbiculaires de l’œil augmentaient.

Une autre étude menée sur le sujet par  les professeurs Schmidt, Ambadar, Cohn et Reed (3) montre que le sourire authentique ne s’enclenche pas (ou ne disparaît pas) trop rapidement. Leur expérience consistait à filmer 87 femmes en leur demandant de produire des sourire sur commande. Mais elles étaient également filmés lors de leurs interactions avec les membres de l’équipe, au cours desquelles il leur arrivait de sourire spontanément. Le traitement des résultats prenait en compte plusieurs paramètres : l’amplitude du sourire, la vitesse de déclenchement, la durée du maintien à son amplitude maximale, et sa vitesse d’interruption. Les résultats ont clairement démontré que les sourire « factices » se caractérisent par une amplitude plus importante (les coins de la bouche se relèvent plus haut et plus loin) mais aussi sont déclenchés plus rapidement et s’interrompent plus brusquement.

Autant dire qu’il est naturellement préférable de sourire le plus spontanément possible en situation de prise de parole. Ce qui n’est possible qu’à une condition : c’est que l’on prenne PLAISIR à prendre la parole. Et ça, ça se travaille !

 Sources bibliographiques : 

(1) Bohler S. (2012) : « Quand vos gestes parlent pour vous », Editions Dunod.

(2) Ekman P., Davidson J., Friesen W.V (1990) : « The Duchene Smile : emotional expression and Brain Physiology II », Journal of Personnality and Social Psychology, 58 (2), p. 342-353.

(3) Schmidt K.L, Amadar Z., Cohn J.F, Reed L.I (2006) : »Mouvement differences between deliberate and spontaneous facial expressions : zygomaticus major action in smiling », Journal of Nonverbal Behaviour, p.97-52.

Par Wassim Mimeche