Les sujets de sa Gracieuse Majesté n’en sont pas encore revenus. L’Albion s’est mise  l’heure de la communication politique moderne. Contrairement à la France ou aux Etats-Unis, le Royaume-Uni n’avait jusqu’à lors jamais organisé de débat télévisé entre les candidats des principales formations, travaillistes, conservateurs et les libéraux-démocrates. Ces derniers ont su habilement tirer leur épingle du jeu et s’inviter de manière durable dans le paysage politique anglais, chose qui ne s’était pas produite depuis 80 ans. Décryptage de la mêlée par un spécialiste de la gestuelle et de la prise de parole en public, Philip Turle, également journaliste britannique à la rédaction anglaise de Radio France International.

La Lettre du Media Acting© – Qu’est-ce qui a poussé les Britanniques à entrer dans l’ère télévisuelle ?

Philip Turle – Les Français ! Ce genre de débats existe depuis le général de Gaulle. Les Britanniques ne l’avaient jamais connu. La pression était forte et Sky News a su en profiter en poussant les candidats à accepter cette confrontation. Gordon Brown était le plus réticent car il se sait moins à l’aise devant les caméras. Les deux autres avaient tout intérêt à accepter le principe. Et du coup, Brown avait plus à perdre qu’à gagner à refuser un tel débat. Les Britanniques, exaspérés par les scandales des notes de frais et les frasques des politiques avaient envie de débats et soif de renouvellement. Nous sommes devenus un pays comme les autres…

LMA – … avec cette élection à la mode d’antan, où c’est le débat télévisé qui a fait la différence.

Philip Turle – Tout à fait ! Pour une fois, internet a été largement battu en brèche dans son rôle de média alternatif, sans parler de la presse classique, qui a assez peu joué dans la décision. Du coup, les candidats n’ont pas lésiné sur le mediatraining. Des coachs sont venus tout spécialement des Etats-Unis avant chacun des débats, le premier, sur la chaîne ITV, consacré à la politique intérieure, le deuxième sur Sky News, sur la politique étrangère et le dernier sur la BBC sur l’économie. Ce qui a permis à Gordon Brown d’apprendre à sourire et éviter de… gaffer ! Aux autres d’apprendre à utiliser leurs mains à l’appui de leurs arguments, de se familiariser avec la position debout derrière un pupitre, position relativement inconfortable pour débattre… d’autant qu’ils étaient strictement encadrés sur le timing des réponses (une minute) et ne pouvaient compter sur le public qui avait l’interdiction d’applaudir.

LMA – Quels ont les grandes différences entre les candidats ?

Philip Turle – On a pu remarquer une très intéressante utilisation du langage que les candidats ont su personnaliser. Lorsqu’il répondait aux questions des journalistes, Gordon Brown s’est laissé enfermé dans le passé et dans le « moi je ». David Cameron a utilisé le futur (je vais faire). Mais c’est Nick Clegg qui a fait la différence en utilisant habilement une formule collective « ce que nous ferons ensemble ». En incluant les gens dans son projet, il a élevé le LibDem au rang de troisième force incontournable. En termes d’images, c’est incontestablement le vainqueur de ces élections. Il est aujourd’hui associé à la décision. Il a su profiter, dans le respect et le flegme britannique, du premier grand moment de gloire de la télévision politique anglaise.


David Cameron: Brown should be ashamed by CNN_International